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LE PACTE D’ECHELLE HUMAINE

Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité, et ils ne voient la nécessité que dans la crise
Jean Monnet

La crise est la, la nécessité aussi

1. Une crise majeure, durable et qui ébranle nos certitudes

La France n'est plus le centre de l'Europe, l'Europe n'est plus le centre du Monde. Le centre de gravité économique et financier a changé de continent et l'Europe se mue en ce « petit cap de l'Asie » qu'évoquait Paul Valéry.

Aujourd'hui, plus de cent pays dans le monde profitent d'une croissance supérieure à 5%. Et malgré ses immenses atouts, la France n'a pas su gagner sa place dans ce banquet mondial installé dans les salons de la globalisation.

La France est entrée dans l'avenir à reculons, drapée dans les oripeaux du passé, avec, à sa tête, les mêmes clans économiques, politiques et syndicaux, arc-boutés sur les mêmes idéologies.

En dix ans, notre croissance n'a franchi qu'à deux reprises le seuil symbolique des 2%. Notre dette extérieure s'est multipliée par dix. Notre endettement est trop important, il fait porter sur nos enfants un poids excessif. Et notre taux de chômage qui reste inexorablement supérieur à 7%, se multiplie par trois pour les plus jeunes actifs, alors que les seniors se voient massivement dirigés vers la porte de sortie des entreprises qui contestent leur employabilité.

L'interdépendance et l'interpénétration des sociétés auraient du nous rendre plus innovants et plus riches, tant au sens propre qu’au sens figuré, sans renier ce que nous sommes en tant que peuple de France. Mais nous n'en retirons que déclassement, précarité et peur. Par peur nous allons jusqu'à renier nos valeurs d’égalité, de fraternité et de liberté.

Sur le terrain de la croissance économique telle que nos élites l’ont défini jusqu’à maintenant, notre pays a perdu les moyens de rivaliser avec les trois lions que sont le Brésil, l'Inde et la Chine, voire un quatrième la Russie. Les BRIC organisés en une communauté multilatérale d'intérêts économiques et politiques, disposent d'une main d'œuvre de trois milliards d'êtres humains dont le salaire annuel est cinq fois inférieur à celui d'un travailleur Français.

2. Une crise qui vient de loin

Les moteurs des progrès économiques et sociaux réalisés lors des Trente Glorieuses, sont aujourd'hui inopérants.

Dans la nouvelle division internationale du travail, la France assiste, désarmée, à la fuite de ses experts en innovation, à la dématérialisation de son économie réelle, au remplacement des industries par des bureaux d’études, à la disparition de ces acteurs locaux, véritables institutions régionales qui donnaient corps au tissu local en tant que marques industrielles.

Nos frontières ne nous sont plus d'aucune utilité. Et l'Etat Providence ralentit l'économie plus qu'il ne la soutient, enchaîné à une dette publique lourde de 80% du PIB et miné par une diminution des recettes fiscales.

Chaque année, le tiers des nouveaux chercheurs français s'expatrie, faute de moyens et de perspectives. Or c’est bien ses chercheurs qui traçaient la voie de l’assimilation du futur à un progrès collectif. Chaque année, 150 000 jeunes sortent du système scolaire sans qualification, faute d'un enseignement capable de placer l’apprenant au centre. Or c’est bien cette jeunesse qui constitue le point de départ à notre dynamique sociale.

Le marché du travail divise la société en blocs désunis. Une minorité surprotégée, surqualifiée, monnaye ses savoirs à prix d'or. Un nouveau prolétariat, surexploité, disqualifié, se voit condamné à survivre au jour le jour avec un salaire minimum, offrant des possibilités d’expression sociale qui se réduisent chaque jour au gré des vagues de licenciement et des plans sociaux.

Et, la nouvelle bourgeoisie des classes moyennes, qui n'en a plus que le nom, confrontée à l'insécurité sociale, sent son avenir tomber comme le sable au fond d'un sablier, pour reprendre une image chère à Jacques Attali. C’est bien un des piliers de la démocratie française, hérité de l’après-guerre qui se rompt progressivement et affaisse toute la société française.

Surtout, notre confiance dans l'avenir s'est sensiblement dégradée : seuls deux jeunes Français sur dix croient dans leur avenir, contre 60% des Danois. Six employés Français sur dix se plaignent de leurs conditions de travail, contre 30% des Allemands. Près du tiers des Français envisagent de quitter l'hexagone, pourtant élu « pays le plus agréable du monde ».

Aujourd'hui, de la dynamique sociale des Trente Glorieuses, ne restent plus qu'un spectre, un mythe, une image d'Epinal, une vague nostalgie.

À chaque décennie des Quarante Calamiteuses, s'abat un des piliers de ce Modèle Français qui faisait notre force et fait notre déclin.

Chaque année déceptive fragilise un peu plus les fils d'Ariane qui assuraient, voici un demi-siècle, nos chemins de vie.

Le diplôme ne protège plus du chômage. L'emploi ne protège plus de la pauvreté. Un salaire moyen ne protège plus du mal logement. L'aide sociale ne protège plus de l'exclusion. Les services publics s'éloignent de ceux qui en ont le plus besoin. Les services de santé désertent les banlieues populaires et les zones rurales.

Les câbles de l'ascenseur social se rompent un à un. La marche du progrès social s'interrompt et le sentiment d'appartenance à un destin commun s'efface peu à peu, pour laisser place à un repli identitaire pris comme planche de salut par des gouvernants qui n’ont que le cynisme comme ambition et l’exclusion comme projet de société.

Le travail appauvrit le salarié, quand le capital enrichit le rentier. La fiscalité marche à l'envers. Douce pour les plus riches, malgré leur patrimoine, lourde pour ceux qui ne comptent que sur leur seuls salaires. Fiscalité lourde pour les PME créatrices d’emplois, allégée pour les entreprises du CAC 40 qui créent surtout de la valeur fiduciaire pour l’actionnaire. L'Ecole, et son moule unique, reproduit les élites et disqualifie le reste. L’intelligence académique s’érige comme base structurante immuable à la formation de la relève, faisant fi de la nécessaire reconnaissance de la plasticité de l’intelligence, au cœur d’une France avantageusement marquée par un pluralisme d’héritages sociaux et culturels que l’on a décidé d’ignorer.

Ainsi avalée dans ce que Marcel Gauchet nomme la « fracture sociale », la France ne se reconnaît plus, tant elle a subi de ruptures, sans vraiment les identifier, les comprendre et les anticiper pour mieux s’y adapter.

Ruptures dans les parcours de vie, qui poussent les Français à se raccrocher à l'essentiel : leur famille. Ruptures et incertitudes sur les parcours professionnels, qui accentuent le sentiment de précarité. Ruptures et distinction dans l'accès à la consommation, aux loisirs, qui renforcent le sentiment de décadence. Ruptures dans la pyramide des âges d'une population qui vieillit. Ruptures avec les élites, jugées immorales, avides, jusqu'à leur détestation.

Ainsi privés de repères, isolés, menacés, un nombre grandissant de Français cèdent à la tentation du repli sur soi, de l'indifférence et parfois de la violence. Plus la France va mal, plus elle se referme, se fige et se divise. La société de défiance se mue en société d'exclusion. Et la violence sociale se mue en violences physiques, une insécurité, dont les premières victimes sont toujours les plus faibles.

Quarante années de déclassement économique, de réduction de la qualité de vie, de fausses alternances politiques, avec toujours les mêmes lois, héritées d'un logiciel révolu, qui nous gouvernement.

Ils voient la vie sociale comme une lutte des classes, quand s'organise une guerre entre privilégiés-conservateurs et précarisés-égarés. Un conflit d’une violence sociale inégalée entre inclus conservateurs et exclus sans repères. Ils obéissent aux lois d'un capitalisme patrimonial et financier au bord de l'implosion, quand c'est un capitalisme responsable, entrepreneurial et durable qu'il nous faut inventer en complément du premier. Ils organisent la vie politique comme un système vertical quand c'est une démocratie horizontale, de sous-veillance et de comptes rendus aux citoyens, qu'il nous faut ériger. Ils défendent toutes les rentes de situation sans discernement quand il nous faut admettre que certaines d’entres elles sont contraires à tout progrès économique, social et démocratique.

Voici plus de quarante ans que les mêmes logiques, les mêmes logiciels, moulinent dans le vide.

Voici plus de quarante ans que le boulet des Trente Glorieuses nous entraîne par le fond, nous interdit de changer le cap, nous illusionne sur une prétendue linéarité salvatrice, et nous force à naviguer à vents contraires.

3. La France que nous voulons

Pourtant les atouts de la France sont ceux d'une grande nation : une démocratie relativement stable, une démographie dynamique, un rayonnement culturel, un territoire intrinsèquement compétitif, des structures éducatives étendues, une qualité de système de santé et d'infrastructures routières, la vitalité des industries immobilières, agroalimentaires, aéronautiques, automobiles et pharmaceutiques

Il est temps que la France se libère des vieilles lunes de son glorieux passé, parce que plus rien ne sera comme avant démographiquement, socialement et technologiquement. Sans vraiment savoir de quels matériaux il est construit, nous ne sortirons pas du tunnel qui nous est à peine décrit, en redécouvrant la lumière d’antan. La lumière sera probablement différente tant les mutations économiques et géopolitiques sont irréversibles. . Notre ambition pour la France n’est donc pas seulement de voir notre pays survivre à cette crise, mais que chaque français puisse donner sa mesure et accéder aux meilleures opportunités pour lui-même et pour ses enfants.

La France doit bâtir une société plus ouverte aux innovateurs, aux entrepreneurs, aux animateurs de la vie sociale, aux créateurs et investisseurs. Nous ne voulons pas d’une France de privilèges crispée sur ses rentes. Notre pays doit favoriser toutes les mobilités. Oui la France doit bâtir une société plus juste et plus mobile, plus fluide, notamment vis à vis des jeunes générations, en jugulant le décrochage scolaire, en promouvant le gout du risque, en permettant l’exploration de pistes nouvelles par l’expérimentation.

4. Face à ces constats, nous créons «  Echelle Humaine »

Echelle Humaine veut être, un acteur parmi d’autres, d’une nouvelle approche sociétale.

Il importe de ne pas se complaire dans les analyses anxiogènes de la crise et d’anticiper les risques de régressions. Mais il importe surtout de construire les réponses aux défis qui sont devant nous.



Jamais plus, nous ne profiterons de la dynamique sociale des Trente glorieuses, notre économie manque d’oxygène, notre état est penché au bord de la faillite, notre pays vieillit et les ressources naturelles qui sont accessibles s'épuisent.

C'est pourquoi, nous devons abandonner la logique du « toujours plus » pour entrer dans celle du « faire mieux avec moins ».

Recherchons la croissance, mais une croissance utile, équilibrée. Formons la jeunesse mais formons-la à la réalité du monde. Créons des entreprises, mais des entreprises innovantes, responsables et solidaires. Créons les conditions de l’employabilité et pas uniquement celles de la stabilité de l’emploi dans un monde dont le mouvement s’est accéléré. Créons des services publics, mais des services efficients et accessibles à tous. Créons de la valeur ajoutée, mais de la valeur ajoutée sociétale quand le PIB devient un trompe l’œil pour mesurer la réussite d’une société.

Mettre l'économie au service de l’Homme, du progrès social, de la fluidité, de la cohésion, inventer de nouveaux lieux de solidarité, de civisme et de culture, rendre à tous les français un nouvel espoir d’amélioration constante de la qualité de la vie : voici les idéaux qui fondent Echelle Humaine.

Echelle Humaine veut imaginer la France de demain et créer les conditions d'un mieux vivre ensemble. Son projet est un projet radical, en ce sens qu'il « prend les choses à la racine » comme l'écrivait Marx.

Alain Dolium
Président du Do Tank Echelle Humaine